Les arts martiaux en Tunisie : Petit dragon deviendra grand
Article paru dans le journal « Le Temps » 28/03/2005

Art et harmonie : Ahmed Touati, élève direct de maître Noro, introduira l’aïkido en Tunisie.Il s’agit d’une discipline un peu a part dans la mesure où la vitesse et la puissance pure sont délaissées, en faveur d’une recherche à forte teneur spirituelle.

Selon Souheil M’rad instructeur d’aïkido, « la richesse de l’aïkido est insoupçonnée. Ce n’est pas un sport de combat comme il en existe tant, mais un art martial traditionnel, où la compétition est absente. Le but c’est d’annihiler l’agression sans pour autant user de violence. Il s’agit de dissuader les attaques par une attitude calme. Mais il ne faut pas s’y tromper : Les techniques les plus élégantes peuvent aussi être d’une redoutable efficacité. Encore faut-il pratiquer assidûment, car en aïkido la recherche dure toute une vie.

Avec plus de 300 pratiquants dans 17 clubs, repartis sur le Grand Tunis, Sousse,,, et Mahdia. A noter que cet art martial semble attirer plutôt les intellectuels et ne se préoccupe pas des questions d’âge, de poids, ni même de condition physique.

Maître René Trognon, venu en Tunisie en 1994,pour enseigner le Français au titre de coopèrent, a été le professeur de l’écrasante majorité des entraîneurs de l’aïkido en Tunisie. Il nous révèle : « cela fait 45 ans que je vis dans et par l’art de l’aikido .Comme pratiquant et puis professeur enfin comme formateur de cadres. Il était impensable lors de son séjour en Tunisie de ne pas pratiquer. La seule solution était de créer un club puis former des professeurs. Je crois beaucoup en la valeur de l’aïkido pour former un homme droit, fort et libre. Il m’a tout donné ».

L’énergie le fameux « KI » des japonais, ce Graal que des générations de pratiquants recherchent, et que l’aikidokas convoitent est-ce une légende ?…


La voie de l’harmonie bien présente en Tunisie
Article paru dans le journal « le temps » , 20 avril 2004
Par Oualid Chine

Maître trognon ,6ème dan a dirigé deux stages d’aïkido dans notre pays. L’un du 10 au 12 avril à hammam Sousse. Le second a eu lieu à Tunis même du 15 au 17 courrant.

Plus de 80 participants venus des quatre coins de la Tunisie, du Maroc, d’Algérie et même de la Bulgarie se sont retrouvés sur les tatamis.

Aïkido la voie de l’harmonie des énergies. Énième Sport de combat pour des jeunes en mal défoulement ? Non, répond catégoriquement maître rené trognon, 6éme dan. « en aïkido, il ne s’agit pas de détruire l’adversaire, mais le contrôler pour l’amener à de meilleurs sentiments ! Le convaincre doucement mais fermement que l’agressivité ne mène a rien.» comment ? Par des clés de bras, des projections, qui mettent en œuvre des techniques très sophistiquées, mais sacrement efficaces !

Il s’agit de dèvlopper au plus haut niveau le sens de la distance (Maâi, en japonais), et des déplacements (Tai Sabaki) .L’agresseur est quasiment aspiré par les mouvements souvent en spirale crées par le pratiquant.

Stage d’aïkido en Tunisie Plus de 80 aïkidokas étaient présents à deux stages, à hammam Sousse puis à Tunis, organisés par l’association tunisienne des arts martiaux et affinitaires (ATAMA) présidée et fondée par Mr Naoufel Chaara …le 12 avril dernier, il a ete décidé de créer une commission aïkido au sein de cette association pour veiller au développement de cet art en Tunisie

L’aïkido séduit un public tunisien en pleine expansion, comme on a pu le constater au cours de ces stages. Les participants sont venus de toute la Tunisie, et certains ont fait même le déplacement d’Algérie. Le pratiquant bulgare côtoyait le marocain, et tous s’entraîner sous le regard expert de maître René Trognon, « fier de ses élèves et du travail accompli » !

Venu en Tunisie en tant que professeur de français à Bourguiba School, il profite d’un séjour de six ans pour former une vingtaine de ceintures noires. Les élèves se sont montrés dignes du maître, puisque ils ont su prendre la relève, et susciter de nouvelles vocations d’aïkidokas !

Certains parmi les plus avancés, ont même passé des examens dan. Ils recevront les diplômes de l’Aikikai (l’organisation faîtière japonaise) que maître Trognon représente.

Un art martial traditionnel si dans nombreux sports de combats la violence prédomine, en aïkido, il s’agit avant tout de garder un esprit serein quelques soient les circonstances. L’importance accordée au geste juste la posture correcte ainsi qu’à la respiration, fait que la pratique assidue de l’aïkido améliore grandement les capacités de concentrations, et agit très efficacement contre le stress de la vie moderne.

« C’est d’abord par son attitude sereine mais martiale que l’aikidika doit pouvoir dissuader toute agression ! » rappelle maître trognon.

La compétition ? Il n’y en a plus. L’esprit d’entraide, et l’harmonie doivent primer. « Il s’agit d’un art martial traditionnel, descendant du noble art des samouraïs nippons, rénové et enrichi par O Sensei Ueshiba » affirme Souheil M’rad,professeur d’aïkido et responsable de sa promotion en Tunisie.

Alors ne soyez pas étonnés de voir les élèves brandir des sabres, des bâtons, et même des poignards ! Toutes les techniques à mains nues de l’aïkido dérivent effectivement des techniques du sabre japonais, autrefois réservé à l’aristocratie guerrière.

Pour les plus septiques, il faudrait peut-être rappeler que les exploits de Steven Segal au cinéma, eh bien c’est aussi de l’aïkido!


L'aïkido, art de la non-violence
Article paru dans le journal "le monde "

Cette discipline japonaise n'est pas un sport, mais un ensemble de formes, de simulacres de conflits, visant à domestiquer la violence. Ses adeptes sont plus nombreux en France qu'au Japon.

Comme souvent dans les arts martiaux, cela commence par un salut au kamiza, la place d'honneur, où figure la photographie du fondateur : Morihei Ueshiba, un vieil homme à barbiche, zen et droit, qu'on appelle grand professeur (O sensei). Puis on salue l'autre maître, celui du dojo, qui va transmettre à son tour, donc montrer la voie (do). Sur le tapis, il est alors question de formes, de prises assez compliquées pour le non-initié, et toutes nommées en japonais. Elles s'enchaînent, comme des dialogues, entre deux aïkidokas. Car cet art martial n'a de sens et de pratique qu'à deux - partenaires, et non adversaires. Ce n'est pas un sport - il n'existe aucune compétition -, plutôt une affaire de relation, de communication. !

Des couples en noir et blanc s'agrippent maintenant sur le tapis : blanc des kimonos, noir des hakamas, amples tuniques passées sur les pantalons. L'ensemble évoque une danse très codifiée, un jeu de prises et d'esquives, ponctué de chutes. Cela peut se pratiquer à terre ou debout, à mains nues ou avec un sabre (ken), un bâton (jo), voire un couteau (tanto), armes généralement sculptées dans le bois.

Le terme aïkido pourrait se traduire par "voie (do) de l'harmonisation (aï) du souffle vital (ki)", "voie de l'unification des énergies", ou bien "voie de l'harmonisation par le ki". Le mouvement est perpétuel : Uke, c'est-à-dire l'attaquant, s'avance vers Tori, celui qui se défend. Uke s'engage, Tori absorbe l'attaque, l'enveloppe et, selon la technique, renvoie l'énergie à Uke, qui chute.

Ils étaient plus de deux mille à honorer ainsi leur art, samedi 7 et dimanche 8 février, dans l'une des salles du stade Charléty, à Paris. Ils formaient comme une marée humaine, ! agitée par paquets. A intervalles réguliers, la houle creusait un espace et les regards basculaient vers un homme aux cheveux de cendres, un Japonais âgé d'une cinquantaine d'années : Moriteru Ueshiba, petit-fils du fondateur de l'aïkido et actuel doshu, c'est-à-dire "gardien de la forme", donc de l'art, et porte-parole de la "voie".

On est doshu de père en fils. "C'est une charge, une responsabilité", dit sobrement Moriteru Ueshiba. Sorti de la neutralité vestimentaire du kimono, le maître est d'une rare élégance. Stature fine et altière, décontraction, sourire, costume croisé et pull à col roulé, il a tout du prince, du gentleman. Rien ne paraît le troubler. "Le doshu, c'est un peu comme la reine d'Angleterre", assure Christian Tissier, 53 ans, 7e dan, l'un des plus haut gradés français. Autrement dit, le doshu est un académicien, un référent. Car l'aïkido paraît d'abord être un langage, dont le gardien préserve en quelque sorte la grammaire et l'alphabet. Selon M. Tissi! er, "c'est l'une de ces disciplines japonaises qui, comme les arrangements floraux ou la cérémonie du thé, projettent à travers un support - ici le corps - un idéal de pureté".

Ancien militaire adepte du jujitsu, Morihei Ueshiba (1881-1969) fut envoyé pendant la guerre russo-japonaise, en 1904, sur le front de Mandchourie et façonna très progressivement l'aïkido, art martial de défense, à partir des années 1920. Notamment inspirée des combats de sabre, mais d'essence non violente - donc en rupture avec l'esprit guerrier d'avant Hiroshima - la discipline fut, après la seconde guerre mondiale, le premier des arts martiaux à être autorisé par les Américains.

Alliant maîtrise du corps et engagement spirituel, la pratique consiste essentiellement à se défaire d'une prise de main, à projeter l'attaquant au sol en retournant contre lui sa force, et à l'immobiliser en sollicitant ses articulations. Il existerait ainsi plusieurs centaines de formes, jouant sur l'esprit de décision, la connaissance de l'anatomie et la rapidité des réflexes.

On compterait au monde un million de pratiquants, de tous âges, de toutes catégories socioprofessionnelles et culturelles. Ils seraient environ 60 000 en France, c'est-à-dire davantage qu'au Japon, pourtant plus peuplé, répartis à parts égales entre deux fédérations rivales : la Fédération française d'aïkido, aïkibudo et affinitaires (FFAAA, aikido.com.fr) et la Fédération française d'aïkido et de budo (FFAB, ffab-aikido.fr). Deux entités que le ministère de la jeunesse et des sports souhaiterait, dans un proche avenir, voir mieux unies.

Introduit en France dans les années 1950, l'aïkido s'est longtemps développé sous l'aile protectrice de la Fédération de judo, profitant de la venue de quelques apôtres japonais et de l'intérêt d'un précurseur français, André Noquet. Appréhendée parfois comme une forme de judo supérieur, ésotérique, la discipline a connu un essor important au début des anné! es 1980. D'une part, sous l'influence de l'un des disciples directs du fondateur, Nobuyoshi Tamura, 8e dan (branche FFAB). D'autre part, sous la houlette d'une poignée de jeunes professeurs français (aujourd'hui branche FFAAA), qui étaient partis à l'aventure, dans les années 1970, alors que d'autres rêvaient d'Inde ou de Népal, pour se former pendant six ou sept ans à l'aïkikai, l'école de Tokyo.

"J'avais découvert l'aïkido un peu par hasard en 1962, à 11 ans", confie l'un de ces pionniers, Christian Tissier. Ce fils d'ouvrier, aujourd'hui shihan (grand maître), faisait un peu de judo à l'Alhambra, la salle parisienne où se produisait autrefois Maurice Chevallier. "Il y avait le costume... et il n'y avait pas besoin de force, c'est cela qui m'intéressait." Bernard Palmier, 6e dan, découvrit quant à lui l'aïkido dans un baraquement de patronage : "Il y avait cette notion de non-violence, l'ambiguïté entre l'idée d'art martial et celle de paix et d'amour. C'était très beau, t! rès efficace." "Un mélange curieux de complicité et de rivalité", ajoute Franck Noël, 6e dan, issu de la même génération.

Pourquoi, ensuite, un tel engouement ? "Le Japon et la France sont deux pays de tradition", rappelle M. Tissier. Il en ressortirait quelques ponts, des résonances. "En pleine crise économique des années 1970, raconte Arnaud Waltz, 5e dan, qui enseigne à Drancy (Seine-Saint-Denis), l'aïkido s'intégrait dans un mouvement de contre-culture, attiré par le modèle oriental, la gestion du stress, les discours sur la circulation d'énergie." Et puis il y eut, pour adaptation à l'esprit français, Christian Tissier : "C'est le Descartes de l'aïkido, commente M. Waltz. Il a tout rationalisé. Avec lui, une forme est devenue une ligne, une rotation, une vitesse. Tout a eu un sens, tout a pu être justifié."

L'enseignement de Christian Tissier aurait donc été comme une porte d'entrée, une traduction de ce que le monde japonais exprime généralement par métaph! ore ; une mise en raison, comme il y aura plus tard une mise en mots intuitive et poétique par Franck Noël dans un recueil de textes intitulé Fragments de dialogue à deux inconnues.

Depuis, le profil des aïkidokas paraît avoir changé, même si les intentions premières restent balancées, comme la pratique, entre la recherche personnelle d'un développement physique et celle d'une évolution mentale. Car qu'est-ce au fond que l'aïkido ? Chacun livre sa vérité. "Une discipline d'éducation globale qui utilise les apparences du self defense", suggère Franck Noël. "Une école de rigueur et d'exigence qu'impose la martialité", estime Bernard Palmier. Tout compte fait : "Cinq pour cent de travail spirituel et 95 % de sueur." De fait, les pratiquants - essentiellement adultes - s'adonnent à leur passion deux heures par semaine au minimum, sans compter les stages le week-end, et cela pendant plusieurs années, si ce n'est toute une vie.

Par essence, l'aïkido touche à la violence, ou! plutôt à sa représentation. C'est un modèle pour l'exprimer, qui doit aussi permettre d'en réguler la peur. Il s'agit donc, expliquent les maîtres, de la représentation d'un conflit que l'on va chercher à résoudre harmonieusement, en utilisant des principes naturels : le travail sur la posture (centrage, verticalité), la technique (économie dans les mouvements, efficacité), la distance (vision correcte), la notion de respect de l'autre et d'intégrité.

"En fait, poursuit M. Waltz, qui enseigne en faculté et mène une thèse en sciences de l'éducation sur les effets de la catégorisation des enfants difficiles, cette simulation de la violence est d'abord une construction à deux. Deux agressivités se rencontrent, et cela débouche sur l'émergence d'une forme, une technique." Il y a de l'art dans l'air. Et vice versa.

Dans un texte lisible à l'aïkikai de Tokyo, il est écrit que "l'aïkido vise à améliorer les relations sociales". "Cela ne va pas sans ambiguïté !", note Franck! Noël, tant la motivation première des nouveaux pratiquants serait plutôt, semble-t-il, le développement personnel. Mais est-ce antinomique pour autant ? "Les raisons qui poussent les gens à venir à l'aïkido, constate M. Noël, ne sont généralement pas les mêmes que celles qui font que, plus tard, ils continuent..."

Au dojo parisien de M. Palmier, la discipline a provoqué ou, le plus souvent, accompagné une prise de conscience et des changements personnels chez les aïkidokas. Alain, 52 ans, 3e dan, vient ainsi d'effectuer un virage professionnel à 180°, hier dans les mignonnettes de parfum, aujourd'hui dans l'éducation spécialisée : "Avec le temps, il peut y avoir un déclic. L'aïkido me permet de ressentir des millions de choses sans parler."

Andrea, cinq ans de pratique, a quitté la danse professionnelle et trouvé une autre dimension : "Les danseurs évoluent tous sur une même longueur d'onde, dit-elle. En aïkido, c'est chaque relation qui vit son propre espace-temp! s". Jean-Marc : "C'est comme un dialogue, il y a ceux qui acceptent de négocier et ceux qui n'acceptent pas. Et puis il y a la notion de plaisir." Enfin, Frantz, ancien élève qui anime son propre dojo, informaticien de 48 ans devenu consultant : "J'ai plus à apprendre maintenant des hommes que des machines. Quand quelqu'un fait une erreur, il est préférable de travailler avec celle-ci que de la lui reprocher. Pour cela, l'aïkido est une voie, un moyen."

Bernard Palmier, consultant en ressources humaines, explique comment certains concepts trouvent écho dans la vie courante. Selon lui, l'aïkido serait l'art "de se remettre en cause tout en confortant ses racines, de s'affirmer tout en s'ouvrant aux autres et en les respectant". "En aïkido, assure-t-il, il n'y a pas de perdant. C'est toujours une stratégie gagnant-gagnant."

Toute relation implique cependant des enjeux de pouvoir. "Le pouvoir, remarque Josette Nickels, 4e dan, qui enseigne à Châtillon-sous-Bagneux (Hauts-de-Seine), il faut le prouver chaque fois sur le tapis ! Dans d'autres arts martiaux, vous pouvez être champion du monde et le rester toute votre vie, là non !"

Sans titre de gloire, le pouvoir est éphémère, sauf à glorifier les grades. Alors, les dissensions s'expriment de manière différente. Par exemple, dans des rivalités non dites - entre écoles, entre enseignants, entre fédérations. On subodore également quelques querelles de presque gourous ou une presque querelle de modernes et d'anciens. L'actuel doshu lui-même ne ferait pas l'unanimité.

Enfin, comme dans tout groupe structuré autour d'une discipline et d'une personnalité, il reste l'apparence sectaire. Sur ce point, Franck Noël corrige : "Le salut à la photo du fondateur Ueshiba n'est pas à prendre comme un élément de culte de la personnalité. Il faut y voir une image de la discipline : chacun affirme les efforts qu'il va consentir pour aller dans la direction, la voie montrée par le maître. ! Bien sûr, il y a là quelque chose de l'ordre du sacré, une aspiration collective, une référence ultime, dont les pratiquants ne sont d'ailleurs pas toujours conscients." Parfois, la photo du fondateur laisse place à un simple miroir shinto. Arnaud Waltz : "On y voit ce que l'on est, ce que l'on va devenir."

Alors, c'est immuable, tous se resserrent, à genoux, en rang face au maître, kimono rajusté. De sorte que cela finit, comme toujours, par un salut au kamiza