Les arts martiaux en Tunisie : Petit dragon deviendra grand
Article paru dans le journal « Le Temps » 28/03/2005

Art et harmonie : Ahmed Touati, élève direct de maître Noro, introduira l’aïkido en Tunisie.Il s’agit d’une discipline un peu a part dans la mesure où la vitesse et la puissance pure sont délaissées, en faveur d’une recherche à forte teneur spirituelle.

Selon Souheil M’rad instructeur d’aïkido, « la richesse de l’aïkido est insoupçonnée. Ce n’est pas un sport de combat comme il en existe tant, mais un art martial traditionnel, où la compétition est absente. Le but c’est d’annihiler l’agression sans pour autant user de violence. Il s’agit de dissuader les attaques par une attitude calme. Mais il ne faut pas s’y tromper : Les techniques les plus élégantes peuvent aussi être d’une redoutable efficacité. Encore faut-il pratiquer assidûment, car en aïkido la recherche dure toute une vie.

Avec plus de 300 pratiquants dans 17 clubs, repartis sur le Grand Tunis, Sousse,,, et Mahdia. A noter que cet art martial semble attirer plutôt les intellectuels et ne se préoccupe pas des questions d’âge, de poids, ni même de condition physique.

Maître René Trognon, venu en Tunisie en 1994,pour enseigner le Français au titre de coopèrent, a été le professeur de l’écrasante majorité des entraîneurs de l’aïkido en Tunisie. Il nous révèle : « cela fait 45 ans que je vis dans et par l’art de l’aikido .Comme pratiquant et puis professeur enfin comme formateur de cadres. Il était impensable lors de son séjour en Tunisie de ne pas pratiquer. La seule solution était de créer un club puis former des professeurs. Je crois beaucoup en la valeur de l’aïkido pour former un homme droit, fort et libre. Il m’a tout donné ».

L’énergie le fameux « KI » des japonais, ce Graal que des générations de pratiquants recherchent, et que l’aikidokas convoitent est-ce une légende ?…


La voie de l’harmonie bien présente en Tunisie
Article paru dans le journal « le temps » , 20 avril 2004
Par Oualid Chine

Maître trognon ,6ème dan a dirigé deux stages d’aïkido dans notre pays. L’un du 10 au 12 avril à hammam Sousse. Le second a eu lieu à Tunis même du 15 au 17 courrant.

Plus de 80 participants venus des quatre coins de la Tunisie, du Maroc, d’Algérie et même de la Bulgarie se sont retrouvés sur les tatamis.

Aïkido la voie de l’harmonie des énergies. Énième Sport de combat pour des jeunes en mal défoulement ? Non, répond catégoriquement maître rené trognon, 6éme dan. « en aïkido, il ne s’agit pas de détruire l’adversaire, mais le contrôler pour l’amener à de meilleurs sentiments ! Le convaincre doucement mais fermement que l’agressivité ne mène a rien.» comment ? Par des clés de bras, des projections, qui mettent en œuvre des techniques très sophistiquées, mais sacrement efficaces !

Il s’agit de dèvlopper au plus haut niveau le sens de la distance (Maâi, en japonais), et des déplacements (Tai Sabaki) .L’agresseur est quasiment aspiré par les mouvements souvent en spirale crées par le pratiquant.

Stage d’aïkido en Tunisie Plus de 80 aïkidokas étaient présents à deux stages, à hammam Sousse puis à Tunis, organisés par l’association tunisienne des arts martiaux et affinitaires (ATAMA) présidée et fondée par Mr Naoufel Chaara …le 12 avril dernier, il a ete décidé de créer une commission aïkido au sein de cette association pour veiller au développement de cet art en Tunisie

L’aïkido séduit un public tunisien en pleine expansion, comme on a pu le constater au cours de ces stages. Les participants sont venus de toute la Tunisie, et certains ont fait même le déplacement d’Algérie. Le pratiquant bulgare côtoyait le marocain, et tous s’entraîner sous le regard expert de maître René Trognon, « fier de ses élèves et du travail accompli » !

Venu en Tunisie en tant que professeur de français à Bourguiba School, il profite d’un séjour de six ans pour former une vingtaine de ceintures noires. Les élèves se sont montrés dignes du maître, puisque ils ont su prendre la relève, et susciter de nouvelles vocations d’aïkidokas !

Certains parmi les plus avancés, ont même passé des examens dan. Ils recevront les diplômes de l’Aikikai (l’organisation faîtière japonaise) que maître Trognon représente.

Un art martial traditionnel si dans nombreux sports de combats la violence prédomine, en aïkido, il s’agit avant tout de garder un esprit serein quelques soient les circonstances. L’importance accordée au geste juste la posture correcte ainsi qu’à la respiration, fait que la pratique assidue de l’aïkido améliore grandement les capacités de concentrations, et agit très efficacement contre le stress de la vie moderne.

« C’est d’abord par son attitude sereine mais martiale que l’aikidika doit pouvoir dissuader toute agression ! » rappelle maître trognon.

La compétition ? Il n’y en a plus. L’esprit d’entraide, et l’harmonie doivent primer. « Il s’agit d’un art martial traditionnel, descendant du noble art des samouraïs nippons, rénové et enrichi par O Sensei Ueshiba » affirme Souheil M’rad,professeur d’aïkido et responsable de sa promotion en Tunisie.

Alors ne soyez pas étonnés de voir les élèves brandir des sabres, des bâtons, et même des poignards ! Toutes les techniques à mains nues de l’aïkido dérivent effectivement des techniques du sabre japonais, autrefois réservé à l’aristocratie guerrière.

Pour les plus septiques, il faudrait peut-être rappeler que les exploits de Steven Segal au cinéma, eh bien c’est aussi de l’aïkido!


L'aïkido, art de la non-violence
Article paru dans le journal "le monde "

Cette discipline japonaise n'est pas un sport, mais un ensemble de formes, de simulacres de conflits, visant à domestiquer la violence. Ses adeptes sont plus nombreux en France qu'au Japon.

Comme souvent dans les arts martiaux, cela commence par un salut au kamiza, la place d'honneur, où figure la photographie du fondateur : Morihei Ueshiba, un vieil homme à barbiche, zen et droit, qu'on appelle grand professeur (O sensei). Puis on salue l'autre maître, celui du dojo, qui va transmettre à son tour, donc montrer la voie (do). Sur le tapis, il est alors question de formes, de prises assez compliquées pour le non-initié, et toutes nommées en japonais. Elles s'enchaînent, comme des dialogues, entre deux aïkidokas. Car cet art martial n'a de sens et de pratique qu'à deux - partenaires, et non adversaires. Ce n'est pas un sport - il n'existe aucune compétition -, plutôt une affaire de relation, de communication. !

Des couples en noir et blanc s'agrippent maintenant sur le tapis : blanc des kimonos, noir des hakamas, amples tuniques passées sur les pantalons. L'ensemble évoque une danse très codifiée, un jeu de prises et d'esquives, ponctué de chutes. Cela peut se pratiquer à terre ou debout, à mains nues ou avec un sabre (ken), un bâton (jo), voire un couteau (tanto), armes généralement sculptées dans le bois.

Le terme aïkido pourrait se traduire par "voie (do) de l'harmonisation (aï) du souffle vital (ki)", "voie de l'unification des énergies", ou bien "voie de l'harmonisation par le ki". Le mouvement est perpétuel : Uke, c'est-à-dire l'attaquant, s'avance vers Tori, celui qui se défend. Uke s'engage, Tori absorbe l'attaque, l'enveloppe et, selon la technique, renvoie l'énergie à Uke, qui chute.

Ils étaient plus de deux mille à honorer ainsi leur art, samedi 7 et dimanche 8 février, dans l'une des salles du stade Charléty, à Paris. Ils formaient comme une marée humaine, ! agitée par paquets. A intervalles réguliers, la houle creusait un espace et les regards basculaient vers un homme aux cheveux de cendres, un Japonais âgé d'une cinquantaine d'années : Moriteru Ueshiba, petit-fils du fondateur de l'aïkido et actuel doshu, c'est-à-dire "gardien de la forme", donc de l'art, et porte-parole de la "voie".

On est doshu de père en fils. "C'est une charge, une responsabilité", dit sobrement Moriteru Ueshiba. Sorti de la neutralité vestimentaire du kimono, le maître est d'une rare élégance. Stature fine et altière, décontraction, sourire, costume croisé et pull à col roulé, il a tout du prince, du gentleman. Rien ne paraît le troubler. "Le doshu, c'est un peu comme la reine d'Angleterre", assure Christian Tissier, 53 ans, 7e dan, l'un des plus haut gradés français. Autrement dit, le doshu est un académicien, un référent. Car l'aïkido paraît d'abord être un langage, dont le gardien préserve en quelque sorte la grammaire et l'alphabet. Selon M. Tissi! er, "c'est l'une de ces disciplines japonaises qui, comme les arrangements floraux ou la cérémonie du thé, projettent à travers un support - ici le corps - un idéal de pureté".

Ancien militaire adepte du jujitsu, Morihei Ueshiba (1881-1969) fut envoyé pendant la guerre russo-japonaise, en 1904, sur le front de Mandchourie et façonna très progressivement l'aïkido, art martial de défense, à partir des années 1920. Notamment inspirée des combats de sabre, mais d'essence non violente - donc en rupture avec l'esprit guerrier d'avant Hiroshima - la discipline fut, après la seconde guerre mondiale, le premier des arts martiaux à être autorisé par les Américains.

Alliant maîtrise du corps et engagement spirituel, la pratique consiste essentiellement à se défaire d'une prise de main, à projeter l'attaquant au sol en retournant contre lui sa force, et à l'immobiliser en sollicitant ses articulations. Il existerait ainsi plusieurs centaines de formes, jouant sur l'esprit de décision, la connaissance de l'anatomie et la rapidité des réflexes.

On compterait au monde un million de pratiquants, de tous âges, de toutes catégories socioprofessionnelles et culturelles. Ils seraient environ 60 000 en France, c'est-à-dire davantage qu'au Japon, pourtant plus peuplé, répartis à parts égales entre deux fédérations rivales : la Fédération française d'aïkido, aïkibudo et affinitaires (FFAAA, aikido.com.fr) et la Fédération française d'aïkido et de budo (FFAB, ffab-aikido.fr). Deux entités que le ministère de la jeunesse et des sports souhaiterait, dans un proche avenir, voir mieux unies.

Introduit en France dans les années 1950, l'aïkido s'est longtemps développé sous l'aile protectrice de la Fédération de judo, profitant de la venue de quelques apôtres japonais et de l'intérêt d'un précurseur français, André Noquet. Appréhendée parfois comme une forme de judo supérieur, ésotérique, la discipline a connu un essor important au début des anné! es 1980. D'une part, sous l'influence de l'un des disciples directs du fondateur, Nobuyoshi Tamura, 8e dan (branche FFAB). D'autre part, sous la houlette d'une poignée de jeunes professeurs français (aujourd'hui branche FFAAA), qui étaient partis à l'aventure, dans les années 1970, alors que d'autres rêvaient d'Inde ou de Népal, pour se former pendant six ou sept ans à l'aïkikai, l'école de Tokyo.

"J'avais découvert l'aïkido un peu par hasard en 1962, à 11 ans", confie l'un de ces pionniers, Christian Tissier. Ce fils d'ouvrier, aujourd'hui shihan (grand maître), faisait un peu de judo à l'Alhambra, la salle parisienne où se produisait autrefois Maurice Chevallier. "Il y avait le costume... et il n'y avait pas besoin de force, c'est cela qui m'intéressait." Bernard Palmier, 6e dan, découvrit quant à lui l'aïkido dans un baraquement de patronage : "Il y avait cette notion de non-violence, l'ambiguïté entre l'idée d'art martial et celle de paix et d'amour. C'était très beau, t! rès efficace." "Un mélange curieux de complicité et de rivalité", ajoute Franck Noël, 6e dan, issu de la même génération.

Pourquoi, ensuite, un tel engouement ? "Le Japon et la France sont deux pays de tradition", rappelle M. Tissier. Il en ressortirait quelques ponts, des résonances. "En pleine crise économique des années 1970, raconte Arnaud Waltz, 5e dan, qui enseigne à Drancy (Seine-Saint-Denis), l'aïkido s'intégrait dans un mouvement de contre-culture, attiré par le modèle oriental, la gestion du stress, les discours sur la circulation d'énergie." Et puis il y eut, pour adaptation à l'esprit français, Christian Tissier : "C'est le Descartes de l'aïkido, commente M. Waltz. Il a tout rationalisé. Avec lui, une forme est devenue une ligne, une rotation, une vitesse. Tout a eu un sens, tout a pu être justifié."

L'enseignement de Christian Tissier aurait donc été comme une porte d'entrée, une traduction de ce que le monde japonais exprime généralement par métaph! ore ; une mise en raison, comme il y aura plus tard une mise en mots intuitive et poétique par Franck Noël dans un recueil de textes intitulé Fragments de dialogue à deux inconnues.

Depuis, le profil des aïkidokas paraît avoir changé, même si les intentions premières restent balancées, comme la pratique, entre la recherche personnelle d'un développement physique et celle d'une évolution mentale. Car qu'est-ce au fond que l'aïkido ? Chacun livre sa vérité. "Une discipline d'éducation globale qui utilise les apparences du self defense", suggère Franck Noël. "Une école de rigueur et d'exigence qu'impose la martialité", estime Bernard Palmier. Tout compte fait : "Cinq pour cent de travail spirituel et 95 % de sueur." De fait, les pratiquants - essentiellement adultes - s'adonnent à leur passion deux heures par semaine au minimum, sans compter les stages le week-end, et cela pendant plusieurs années, si ce n'est toute une vie.

Par essence, l'aïkido touche à la violence, ou! plutôt à sa représentation. C'est un modèle pour l'exprimer, qui doit aussi permettre d'en réguler la peur. Il s'agit donc, expliquent les maîtres, de la représentation d'un conflit que l'on va chercher à résoudre harmonieusement, en utilisant des principes naturels : le travail sur la posture (centrage, verticalité), la technique (économie dans les mouvements, efficacité), la distance (vision correcte), la notion de respect de l'autre et d'intégrité.

"En fait, poursuit M. Waltz, qui enseigne en faculté et mène une thèse en sciences de l'éducation sur les effets de la catégorisation des enfants difficiles, cette simulation de la violence est d'abord une construction à deux. Deux agressivités se rencontrent, et cela débouche sur l'émergence d'une forme, une technique." Il y a de l'art dans l'air. Et vice versa.

Dans un texte lisible à l'aïkikai de Tokyo, il est écrit que "l'aïkido vise à améliorer les relations sociales". "Cela ne va pas sans ambiguïté !", note Franck! Noël, tant la motivation première des nouveaux pratiquants serait plutôt, semble-t-il, le développement personnel. Mais est-ce antinomique pour autant ? "Les raisons qui poussent les gens à venir à l'aïkido, constate M. Noël, ne sont généralement pas les mêmes que celles qui font que, plus tard, ils continuent..."

Au dojo parisien de M. Palmier, la discipline a provoqué ou, le plus souvent, accompagné une prise de conscience et des changements personnels chez les aïkidokas. Alain, 52 ans, 3e dan, vient ainsi d'effectuer un virage professionnel à 180°, hier dans les mignonnettes de parfum, aujourd'hui dans l'éducation spécialisée : "Avec le temps, il peut y avoir un déclic. L'aïkido me permet de ressentir des millions de choses sans parler."

Andrea, cinq ans de pratique, a quitté la danse professionnelle et trouvé une autre dimension : "Les danseurs évoluent tous sur une même longueur d'onde, dit-elle. En aïkido, c'est chaque relation qui vit son propre espace-temp! s". Jean-Marc : "C'est comme un dialogue, il y a ceux qui acceptent de négocier et ceux qui n'acceptent pas. Et puis il y a la notion de plaisir." Enfin, Frantz, ancien élève qui anime son propre dojo, informaticien de 48 ans devenu consultant : "J'ai plus à apprendre maintenant des hommes que des machines. Quand quelqu'un fait une erreur, il est préférable de travailler avec celle-ci que de la lui reprocher. Pour cela, l'aïkido est une voie, un moyen."

Bernard Palmier, consultant en ressources humaines, explique comment certains concepts trouvent écho dans la vie courante. Selon lui, l'aïkido serait l'art "de se remettre en cause tout en confortant ses racines, de s'affirmer tout en s'ouvrant aux autres et en les respectant". "En aïkido, assure-t-il, il n'y a pas de perdant. C'est toujours une stratégie gagnant-gagnant."

Toute relation implique cependant des enjeux de pouvoir. "Le pouvoir, remarque Josette Nickels, 4e dan, qui enseigne à Châtillon-sous-Bagneux (Hauts-de-Seine), il faut le prouver chaque fois sur le tapis ! Dans d'autres arts martiaux, vous pouvez être champion du monde et le rester toute votre vie, là non !"

Sans titre de gloire, le pouvoir est éphémère, sauf à glorifier les grades. Alors, les dissensions s'expriment de manière différente. Par exemple, dans des rivalités non dites - entre écoles, entre enseignants, entre fédérations. On subodore également quelques querelles de presque gourous ou une presque querelle de modernes et d'anciens. L'actuel doshu lui-même ne ferait pas l'unanimité.

Enfin, comme dans tout groupe structuré autour d'une discipline et d'une personnalité, il reste l'apparence sectaire. Sur ce point, Franck Noël corrige : "Le salut à la photo du fondateur Ueshiba n'est pas à prendre comme un élément de culte de la personnalité. Il faut y voir une image de la discipline : chacun affirme les efforts qu'il va consentir pour aller dans la direction, la voie montrée par le maître. ! Bien sûr, il y a là quelque chose de l'ordre du sacré, une aspiration collective, une référence ultime, dont les pratiquants ne sont d'ailleurs pas toujours conscients." Parfois, la photo du fondateur laisse place à un simple miroir shinto. Arnaud Waltz : "On y voit ce que l'on est, ce que l'on va devenir."

Alors, c'est immuable, tous se resserrent, à genoux, en rang face au maître, kimono rajusté. De sorte que cela finit, comme toujours, par un salut au kamiza

 

 

Joe Curran Overwhelmed by Tunisian hospitality

 Such was the enthusiam that even the egyptian police tumed up for the first Tunisian international summer school.

In January 2005 I received a request from a newly formed aikido group, association sahelienne d’aikido to take part in a course.

This group is under the technical direction of Rene Trognon , 6th dan , a well respected long time French aikidoka.

The principal instructors in sousse are Nabil Ben Kahla,2nd dan, the association president, and Souheil Mrad, who initiated the courses.

This planned course was the first international summer school held in Tunisia.

Along with one of my students, Vassilis Glennis, 4th kyu , I set out for Tunisia in July and arrived there in the early hours of the morning. We were met by a large contingent of Tunisian aikidoka and during the next couple of days prior to the course we had the opportunity to get well acquainted with all the students both on and off the tatami.

 When the course finally started, we met all the various groups. Apart from the Tunisians , there was a large contingent led by Hasseine sensei , 5th dan, from Algeria , an Iwama Ryu practitioner . In attendance were members of Egyptian police force , led by Med El Sayed Moussa,4th dan and Naoufel Chaara 3th dan from Tunis . Chaara sensei is also heavyweight champion of Karate.

 During the training , undertaken in very extreme conditions ( 38°C – 45°C) we worked during the day for three to four hours.

The main thrust of the courses was to introduce the methods of Chiba sensei to the group. With this in mind I naturally stressed the value of sound basics and paid close attention to areas of posture, contact and ukemi.   

 As you may well gather,with a strong element of iwama ryu in the group’s weapon work background, the students were eager to learn some Chiba sensei related work.

 Everyone conducted themselves with enthusiasm and energy. We in Britain I feel are inclined to take our aikido for granted and in this case, the new group were fresh, with eager minds.

 In between practice as visitors we were treated with great courtesy and warmth by the members. We were warmly greeted at a civic reception by president Daouas of JCI, a Tunisian Community Project group.

One other memorable social event was an invitation to the wedding reception of ben kahla’s brother, where we met his family and friends. This gave Vassilis and myself the opportunity to enjoy the wonderful Tunisian music and get our dancing shoes out of mothballs. Again we were treated in the warmest manner.

In conclusion I would like to state that I was extremely impressed by the manner and attitude of all who attended the course. What impressed me was the fact that everyone was doing his/her best and the atmosphere generated over the week was one of good will and sheer enjoyment.

 As an emerging group , led by Ben Kahla and Mrad senseis I was equally impressed by their own  personal sacrifices. With aikido in its infancy in Tunisia, one knows how difficult the road ahead can be nevertheless I am confident that the future will be a success for our North African brethren.

 As a footnote I would like once again to express on behalf of Vassilis and myself my warmest thanks to one and all . we look forward to meeting you – insaalah .

 Joe Curran , 6th

Saku Mei Kan ( Newcastle ) ,

north east aikikai . 

 

 

 

Articles sur le net :

Le rôle de l'UKE en AIKIDO 

UKE, celui qui chute dans la pratique d'AIKIDO , par opposition à TORI qui
exécute la technique, joue un rôle essentiel dans la didactique martiale en
général et japonaise en particulier, tout du moins pour ce qui concerne les
disciplines qui enseignent les formes de combat face à face à un adversaire.
La cible n'a pas moins de valeur en KYUDO, par exemple, mais ne remplit pas
les mêmes critères. Ce rôle est bien souvent méconnu ou mal compris, pour ne
pas dire déconsidéré, par bon nombre de pratiquants notamment en raison de
la fonction passive qu'on lui attribue injustement. Cet article se propose
d'analyser ce rôle, sous tous ses aspects, et ainsi permettre au shugyo-sha
d'y puiser les éléments susceptibles d'orienter son travail vers une
meilleure compréhension de sa ou ses pratiques. Dans un premier temps, nous
tenterons de comprendre et d'analyser les raisons qui pourraient justifier
cet apparent manque d'intérêt. Puis nous aborderons les différents sens
attachés à cet aspect de la pratique. Enfin, nous dégagerons quelques moyens
utiles et pratiques pour améliorer notre propre technique à ce sujet.

L'un des principaux facteurs qui contribue à mésestimer le rôle d'UKE est
d'ordre  psychologique, notamment dans les techniques corps à corps, savoir:
la peur liée à la chute.

Cette peur trouve vraisemblablement son origine dans l'inconscient attaché à
l'évolution de l'espèce humaine en général et de chaque individu en
particulier, lorsqu'il fait ses premiers pas. Il est communément admis, en
effet, que l'espèce humaine est née le jour où un animal s'est dressé sur
ses membres inférieurs pour adopter la position verticale. On peut
facilement imaginer que cette mutation ne s'est pas réalisée sans douleur et
il suffit d'observer, à défaut de se rappeler, les pénibles expériences du
bébé lorsqu'il passe de la position couchée à la position assise, puis à
quatre pattes pour finalement parvenir laborieusement, par imitation, à se
dresser sur ses jambes. Combien de chutes, de plaies, de bosses n'ont-elles
pas été durement expérimentées à cette époque de la vie? Elles restent
inévitablement gravées dans notre mémoire pour ne laisser subsister qu'une
peur viscérale de la chute. Dès lors, l'apprentissage de la chute à un âge
où tous les facteurs génétiques liés à l'une des spécificités de notre
espèce se sont définitivement établis, revient à entreprendre le même
processus à l'envers, ce que l'inconscient refuse d'accepter.

Il suffit, pour s'en convaincre, de relever les diverses locutions verbales
utilisées dans toutes les langues pour exprimer cette peur.
Ne parle t'on pas, en effet:
de la chute d'un empire, d'une monarchie, d'un régime, d'un gouvernement; de
la chute d'une monnaie, des cours de la bourse; de la chute de tension, de
température, des cheveux; d'une chute d'eau, de neige, de pluie; de la chute
du jour,ne dit-on pas:
tomber dans les pommes, des nues, de Charybde en Scylla, etc… sauter dans l'inconnu,

Qui n'a pas entendu sa mère lui dire: «Fais attention à ne pas tomber, tu
vas te faire mal!», ou encore: «A force de faire le fou, tu vas finir par
tomber!», sous-entendu «te faire mal!».

Il semble donc que la chute soit associée, dans l'inconscient collectif, à
la douleur, au déclin, au manque, à une déchéance, à une perte d'équilibre
physique, mental et social . Il n'est donc pas étonnant, dans ces
conditions, que l'homme s'en défie instinctivement. Car il s'agit bien d'un
défi, puisqu'en entreprenant l'apprentissage de la chute, le pratiquant va à
la rencontre de l'une des peurs inscrites dans ses gènes.

Parallèlement à ces peurs liées à ce que l'on pourrait appeler l'inconscient
de l'espèce, existent d'autres peurs, plus subjectives, plus personnelles.
En effet, il y a un monde entre tomber tout seul , par maladresse, par
faiblesse temporaire, par inadvertance, et se faire chuter (on dit plutôt se
faire projeter ).
Ce monde est l'autre et la confiance relative qu'on lui accorde. Car UKE ne
se limite pas à l'UKEMI (communément traduit par chute). Il y a, de fait,
une part d'inconnu dans le fait de se placer dans une situation de complet
abandon, physiquement et psychologiquement. En cela, on peut abonder dans le
sens de ceux qui n'accordent à UKE que le seul droit de mourir. Chuter,
c'est effectivement mourir un peu, ou tout du moins avoir la possibilité
d'en prendre conscience et d'en accepter l'éventualité. Malheureusement, la
mauvaise compréhension du rôle d'UKE, alliée à une certaine rigidité
physique - que n'améliore pas les conditions de la vie moderne -, aux hiatus
techniques de TORI et sa difficulté à réaliser une technique juste, n'incite
pas le pratiquant à renouveler l'expérience de sa propre mort suffisamment
souvent pour y trouver autre chose qu'un "mauvais moment à passer"!

On ne peut, par ailleurs, passer sous silence le rôle que peut jouer l'ego
dans cette situation. En effet, en AIKIDO, en JUDO, en KARATE-DO, UKE est
celui qui «perd", par opposition à TORI qui le terrasse ou qui, du moins,
tente de le faire. En effet, lorsque deux êtres, deux animaux, deux
insectes, sont amenés à combattre, pour quelques raisons que ce soit: la
prédominance du mâle au sein du groupe, la défense de son territoire, de ses
petits, de son honneur -, ils cherchent mutuellement à se faire tomber, à
faire perdre l'équilibre à l'autre, et le combat cesse, tout du moins dans
le monde animal, quand l'un des deux tombe à terre. Ce système de combat
prévaut encore actuellement dans le SUMO, par exemple. Dans le cadre d'un
entraînement, bien souvent, la chute peut paraître dévalorisante, pour le
pratiquant lui-même comme pour le spectateur néophyte. Il est certes plus
gratifiant de s'entendre dire: "Dis donc, qu'est ce que tu lui as mis à ton
UKE!" plutôt que: "Tu ne tiens pas debout, mon vieux! Qu'est-ce qui t'a
mis!". En fait, la réalité est tout autre, ou devrait être tout autre. En
AIKI-KEN, par exemple, c'est UKE qui "domine" puisqu'il conserve le centre à
chaque instant, avant, pendant et après la ou les attaques d'UCHI. Ceci
constitue d'ailleurs une spécificité du travail d'AIKI aux armes, qui
n'existe pas dans les autres BUDO avec armes tels que le KEN-JUTSU ou le
JO-DO, par exemple. Dans les disciplines classiques, UKE est celui qui
"perd". C'est l'une des raisons pour lesquelles ce rôle est normalement joué
par un instructeur, voire par l'enseignant lui-même. Nous aurons l'occasion
de revenir sur cette notion par la suite car, bien entendu, le travail sur
le tatami ne se résume à gagner ou perdre.

De ce qui précède, on peut donc déduire que la peur viscérale liée à la
chute génère un certain blocage physique, ou pour le moins une réticence, en
relation avec notre inconscient collectif et notre mémoire.

Mais on ne pourrait pas moins considérer que le déséquilibre soit à
l'origine de cette peur. De fait, il est aux lois physiques ce que la peur
est aux facteurs psychologiques, c'est à dire la cause de la chute, qu'elle
soit physique, mentale ou sociale.

En effet, nous l'avons vu, l'espèce humaine est née le jour où elle s'est
dressée sur ses membres inférieurs, c'est à dire qu'elle est passée d'une
position parfaitement stable, que lui assurait ses quatre points d'appui, à
une position de recherche perpétuelle d'équilibre – ou de constant
déséquilibre - l'obligeant à développer une morphologie qui, aussi parfaite
soit-elle, n'en est pas moins insuffisante pour le garantir sans risque. Le
kangourou, par exemple, qui se déplace également sur ses deux membres
inférieurs, dispose d'une queue, c'est à dire du troisième point d'appui qui
lui assure une parfaite stabilité. L'état de perpétuel déséquilibre ou
d'équilibre précaire de l'homme, qui résulte de son choix d'avoir adopté la
position verticale, ne l'a peut-être pas seulement rendu instable
physiquement mais également psychologiquement. En se dressant sur ses
membres inférieurs, il a de facto généré une situation qui lui fait craindre
à tout instant de tomber. Quel est le réflexe d'un homme n'ayant pas appris
à chuter lorsqu'il tombe? Il cherche mécaniquement à mettre ses mains pour
amortir sa chute, c'est à dire qu'il utilise instinctivement ses membres
supérieurs. Il ne lui vient pas naturellement à l'idée de rouler.

Il n'est donc pas moins vrai que cet état de perpétuel déséquilibre génère
chez l'homme une peur inconsciente, celle de perdre l'équilibre si chèrement
acquis et de tomber.

Mais la question n'est pas de savoir aujourd'hui qui de la poule ou de l'œuf
est arrivé le premier, mais de mesurer à quel point la chute n'est pas
inscrite dans les gènes de la nature humaine. De ce fait, l'homme n'est pas
naturellement disposé à en faire l'expérience ou l'apprentissage.

Le deuxième facteur qui contribue à déconsidérer le rôle d'UKE est d'ordre
physique et physiologique.

En effet, qui peut prétendre chuter par ou avec plaisir? La chute, même
"maîtrisée", reste douloureuse, et ne manque pas de laisser des séquelles
irréversibles au corps, dont la fameuse "touche de piano". De ce point de
vue, le fait d'aborder la chute à un âge où le corps n'est pas encore
musculairement formé, c'est à dire avant 25 ans en moyenne, peut présenter
un avantage certain. Il n'est donc pas étonnant que la propension à chuter
diminue proportionnellement à l'âge. Mais fort heureusement, nous le verrons
par la suite, la chute n'est qu'un aspect de la notion d'UKE, certes le plus
éprouvant physiquement.

En revanche et paradoxalement, la chute aide à façonner le corps nécessaire
à la réalisation de la technique suivant les critères biomécaniques propres
à l'AIKIDO. On pourrait même dire qu'il constitue le seul entraînement à sa
disposition pour éduquer les muscles, tendons et autres ligaments
indispensables. La préparation des débuts de cours n'y suffit pas, aussi
complète soit-elle, tout juste permet-elle d'éviter des raideurs inutiles,
un peu comme on s'étire le matin au réveil pour stimuler le corps.

D'autre part, il est nécessaire de disposer de ses pleines capacités
physiques pour espérer réaliser une chute sans trop de dommages. Des
douleurs chroniques, notamment au niveau de la colonne vertébrale, ou des
malformations congénitales peuvent handicaper le pratiquant dans la
réalisation de la technique d'UKEMI proprement dite, et ce indépendamment
des facteurs psychologiques qui y sont immanquablement associés.

De même, les chevilles jouent un rôle fondamental dans la chute puisque le
principe de base de l'UKEMI est de réduire au maximum sa hauteur par rapport
au sol avant de "tomber". En biomécanique, cette fonction est assurée par
les chevilles. La position "assise accroupie" chère au monde oriental et
moyen-oriental, ainsi qu'aux cow-boys devant le feu de camp en rase
campagne, permet de s'assurer que les chevilles possèdent la souplesse
nécessaire.

Enfin, la chute est étroitement liée au souffle et il semble difficile de ne
pas soutenir que tomber est plus épuisant que projeter. A plus d'un titre,
la chute peut s'apparenter à une course de fond et parfois, en raison du
rythme imposé par TORI, à une course de vitesse. De fait, le cœur et le
système pulmonaire sont grandement sollicités et requièrent une bonne
constitution. De surcroît, beaucoup de pratiquants dissocient la chute et la
remise sur pieds en position verticale. Ils tombent d'abord et se relèvent
ensuite. Ils n'utilisent donc pas la dynamique de leur chute pour se
relever, ce qui nécessite plus d'efforts de leur part et contribue à les
essouffler davantage.

Ainsi, à son corps défendant, si l'on peut dire, l'homme n'est naturellement
pas disposé à tomber. Il n'est donc pas étonnant qu'il ait quelques
réticences à en faire l'apprentissage. Pourtant, c'est en maîtrisant, autant
que faire se peut, sa propre chute, c'est à dire son propre déséquilibre,
qu'il parviendra à reconnaître et contrôler cette peur viscérale et à
utiliser la loi de la gravitation indispensable à la réalisation de la
technique martiale.

En effet, comment pourrait-on espérer déséquilibrer un adversaire si l'on
n'a pas soi-même expérimenté les lois de l'équilibre sur son propre corps?
Or, le principe de base des techniques d'AIKIDO ou de JUDO vise à utiliser
la dynamique - l'énergie - d'une attaque pour entraîner l'adversaire dans
son propre déséquilibre. L'on pourrait donc dire que l'apprentissage de la
chute par UKE est à la recherche d'équilibre ce que l'apprentissage de la
technique par TORI est à la recherche du déséquilibre. Ces deux aspects de
la pratique semblent donc indissociablement liés, comme le positif et le
négatif, le ying et le yang. Et ce n'est qu'à cette condition qu'AIKI pourra
se manifester.
Il est intéressant de constater, à ce sujet, que par un juste partage des
rôles, la moitié du temps passée à la pratique est consacrée à jouer celui
d'UKE et que la moitié – environ et dans des conditions idéales - de cette
part à faire UKEMI.
Or, force est de constater que l'apprentissage du rôle d'UKE se limite bien
souvent à la seule chute, au seul UKEMI, c'est à dire "comment tomber sans
se faire mal", et se résume à la chute avant, arrière et parfois latérale.
Ceci équivaut à limiter l'apprentissage de l'écriture à: "comment tenir son
stylo", ou l'apprentissage de la natation à: "comment ne pas boire la
tasse". Non pas que ce soit inutile, loin s'en faut, c'est même
indispensable mais insuffisant pour écrire ou nager. Les nombreux ouvrages
relatifs à l'AIKIDO traitent des chutes de façon par trop laconique et pour
la plupart ignorent totalement le rôle d'UKE.
Aussi, nous nous permettons d'emprunter à Franck Noël, dans son livre:
"AIKIDO: fragments d'un dialogue à deux inconnues" cette approche à la fois
diserte et expressive de la chute:

"La chute, en AIKIDO, est tout sauf une déchéance.
Elle revêt une dimension utilitaire, symbolique, magique, héroïque,
rythmique et esthétique à la fois. En tant qu'exploration systématique de
tous les modes de contact possibles avec le sol, elle va prendre des formes
diverses: roulades, glissades, rebonds, voire aplatissages…
Le sol, que nous ne pensions qu'à piétiner sans remords ni d'ailleurs sans
plaisir, se pose soudain comme le partenaire de longues conversations, comme
l'interlocuteur de négociations serrées, difficiles, dans lesquelles il faut
confronter tous les points de vue, tenir compte des exigences et faire des
concessions."

Aussi, nous encourageons le pratiquant à chuter aussi longtemps que son
corps le lui permet et à ne jamais interrompre cette douloureuse, mais ô
combien instructive, négociation avec l'élément "terre".

Mais le concept d'UKE va au-delà de l'apprentissage de la chute qui n'est,
pour UKE comme pour TORI, qu'une part du mouvement, sa fin, son dénouement,
son apothéose, comme l'orgasme l'est au coït. Et chacun s'accorde d'ailleurs
à penser qu'il en constitue le meilleur moment: pour TORI la satisfaction du
résultat obtenu, pour UKE celle de s'être relevé et pour les deux celle de
pouvoir recommencer. Mais à ce niveau également, ce moment si exaltant
dépendra de la "mise en place", des "préliminaires" en quelque sorte, et
pour UKE de sa capacité à tenir, car beaucoup reste des "éjaculateurs
précoces".

En AIKIDO, il ne peut en effet y avoir de chute sans attaque et ce rôle
revient de fait à UKE. Hélas, bien souvent, par peur ou par ignorance,
l'attaque est rarement ce qu'elle devrait être et le pratiquant se retrouve
aussi gauche dans son attaque qu'un enfant sur un terrain de foot quand il
reçoit le ballon qu'il n'a pas demandé: il s'en débarrasse.

En AIKIDO, la saisie est le moyen éducatif mis à la disposition du
pratiquant pour lui permettre d'apprendre et comprendre physiquement,
intellectuellement et émotionnellement les principes qui sous-tendent sa
pratique et qui constituent, à proprement parler, l'essence de cet art
martial. Physiquement parce qu'il est tenu ou qu'il tient - selon qu'il est
TORI ou UKE -, intellectuellement parce qu'il doit reconnaître et ordonner,
au travers de cette saisie, les lois et principes à mettre en place pour
s'en défaire ou la maintenir, et émotionnellement parce qu'elle représente,
en finalité, une attaque censée l'abattre. C'est à ce niveau que se situe la
principale ambiguïté de la pratique d'AIKIDO. En effet, la saisie n'est pas
une attaque en soi, mais un simulacre d'attaque. Martialement parlant, elle
ne saurait, tout au plus, que s'apparenter à une menace dissuasive, voire
une tentative de contrôle, ou n'être que le prélude d'une attaque plus
définitive, telle un atemi, un coup de boule, ou autres. Cependant, une
attaque, quelle qu'elle soit: saisie, coup de poings, de pieds, de bâtons,
de couteaux, flèche, balle, missile, est toujours constituée d'une
direction, d'une dynamique – force, vitesse ou énergie suivant la conception
qu'on en a – et d'une distance. Dans la terminologie martiale, ce concept
est appelé MA-AI: l'espace-temps. Qu'on lance un missile ou un coup de
poing, l'objectif à atteindre nécessite la mise en oeuvre de ces trois
facteurs. Le résultat, bien entendu, dépendra des capacités de destruction
de l'arme utilisée. Mais, curieusement, plus elle sera destructrice, plus
ses effets seront difficilement contrôlables. Bien souvent, les moyens mis
en œuvre sont disproportionnés par rapport à l'objectif à atteindre. Ce
constat s'applique aussi bien à la dernière guerre en Irak, qui a laissé
l'impression "d'un éléphant pour écraser une souris", qu'à une coupe au
sabre ou la saisie d'un poignet.

Il paraît donc indispensable, pour tenter de comprendre le rôle d'UKE à ce
niveau, de ne pas envisager la saisie comme une attaque au sens réel du
terme, mais plutôt comme ce que l'esquisse est au peintre, l'épure à
l'architecte, la trame au tisserand. Elle est le schéma, le linéament,
l'ébauche avec lequel l'artisan-pratiquant pourra, à l'aide des outils que
l'AIKIDO met à sa disposition, travailler et donner forme au mouvement,
l'améliorer, l'ajuster sans cesse. Plus l'ébauche sera grossière, plus ardue
sera la tâche de TORI pour parvenir au produit fini. A contrario, plus
l'ébauche s'en rapprochera, plus le travail de TORI s'en trouvera facilité,
meilleure et plus rapide sera sa compréhension du mouvement juste et de son
exécution. Que l'on se rassure cependant, la didactique de l'AIKIDO comporte
dans son curriculum des attaques qui tentent de se rapprocher, autant que
faire se peut, de la réalité, savoir: shomen, yokomen, tsuki et les attaques
avec armes, pour les plus courants. Mais également à ce niveau, il existe un
monde entre une attaque sur le tatami et une attaque "réelle", c'est à dire
une attaque qui menace réellement notre vie et qui laisse entrevoir sa
possible fin. Personne ne souhaite, d'ailleurs, vivre une telle expérience,
à moins d'avoir un tempérament suicidaire.

Il est ridicule, quelque part, de croire le contraire, tant au niveau d'UKE
que de TORI. Personne ne vient dans le dojo pour tuer quiconque, même si la
pratique impose d'y croire. N'en déplaise aux nostalgiques, il n'existe
aucune tolérance de perte dans un dojo, comme cela a pu exister dans les RYU
à une époque où il s'agissait d'apprendre le métier des armes. Dans le cas
contraire, son auteur serait traduit devant les tribunaux et inculpé
d'homicide volontaire ou involontaire. Il pourra toujours plaider qu'il
pratique les arts martiaux et convaincre les jurés que cette étude comporte
une part de risques!

Pour clore ce chapitre sur l'attaque en AIKIDO, ce qu'elle n'est pas mais ce
qu'elle représente, nous nous permettons une nouvelle fois d'emprunter à
Franck Noël une citation de son livre :

"Elle (l'attaque) est un des termes du dialogue par lequel l'AIKIDO engage
ses adeptes à communiquer; il leur incombe de l'élaborer en même temps
qu'ils l'utilisent. Comme dans toute rhétorique véritable, les questions
sollicitent des réponses, mais ces éléments de réponses amènent les
questions à préciser.
Pertinence des unes et adéquation des autres sortiront renforcées de cet
échange."

Avant d'envisager quelques suggestions utiles et pratiques pour améliorer
notre compréhension du rôle d'UKE, il n'est pas inutile de dégager les
quelques idées développées jusqu'à présent:
De son choix d'avoir adopté la position verticale au cours de son évolution,
l'homme n'est pas prédisposé à faire l'apprentissage de sa propre chute en
raison des facteurs psychophysiologiques qui y sont, consciemment ou
inconsciemment, rattachés et notamment la perte d'équilibre.
L'apprentissage de la chute permet d'entrer dans des peurs viscérales liées
à notre nature humaine et de former physiologiquement le corps nécessaire à
l'exécution des techniques d'AIKIDO.
La chute, même "maîtrisée", reste douloureuse et éprouvante.
UKE ne se limite pas au seul UKEMI. Il est à la recherche d'équilibre ce que
l'apprentissage de la technique par TORI est au déséquilibre.
La saisie n'est pas une attaque au sens réel. Elle est son ébauche.
Elle est le moyen éducatif mis à la disposition du pratiquant (UKE et TORI)
pour lui permettre d'apprendre et comprendre physiquement,
intellectuellement et émotionnellement les principes qui sous-tendent sa
pratique.
Dans le cadre du dojo, une attaque n'est pas portée dans le but d'attenter à
la vie de TORI ou de lui nuire, même si la pratique impose d'y croire.
La question reste donc de savoir comment UKE doit se comporter pour remplir
son rôle.
Mais peut-être conviendrait-il, dans un premier temps, de préciser quel est
ce rôle?

A plus d'un titre, UKE doit se comporter comme un père avec son enfant.
C'est d'ailleurs la principale raison pour laquelle ce rôle devrait être
joué par un avancé, c'est à dire un pratiquant parvenu à maturité. C'est une
situation avérée dans les BUDO classiques qui utilisent des armes. En effet,
on ne manipule pas une arme, même en bois, comme une saisie ou une main.
Dans la plupart des traditions orientales, la vie humaine se déroule par
période de 7 ans. Un dicton japonais recommande d'ailleurs: "Jusqu'à 7 ans,
sert ton enfant comme un prince, après sert-en comme d'un esclave.".
Ceux qui ont la chance d'avoir éduqué leur(s) enfant(s) comprendront
facilement de quoi il s'agit. Durant le difficile passage de la position
assise à la position verticale, l'enfant a besoin de ses parents. C'est donc
leur rôle de l'assister tout au long de cet apprentissage. Dans un premier
temps, ils l'aident à se tenir debout en lui tendant des bras accueillants
pour l'inciter à se lever et le rassurer, prennent garde à réduire ses
chutes au maximum ou pour le moins s'assurent qu'il ne risque pas de se
faire mal ou "trop" mal, car ils savent que les chutes et les bosses gardent
une valeur éducative. Puis, quand il parvient fébrilement à se tenir debout,
en s'agrippant à eux ou aux meubles, ils l'aident patiemment à faire ses
premiers pas en lui prêtant leurs doigts, s'harmonisent à son rythme,
calquent leurs pas sur les siens, en un mot consacrent le temps nécessaire
au bon déroulement de cette expérience unique dans les meilleures conditions
possibles. Ensuite, quand il s'aventure à abandonner cette protection
rassurante en lâchant une main, puis l'autre, pour se lancer seul sur ses
deux jambes de ses pas hésitants et instables, ils l'accompagnent, prêts à
intervenir au moindre déséquilibre, à le soutenir en cas de défaillance et
ne manquent jamais de l'encourager par des paroles réconfortantes. Enfin, il
marche. Puis il court, il saute des marches, une, puis deux. Après viennent
les patins à roulettes, le vélo, le foot et tant d'autres choses que les
parents ne manqueront pas de s'enthousiasmer à lui montrer, et ce durant
sept années.

Mais que sont, au juste, 7 années de la vie d'un AIKIDO-KA? A ce niveau
également subsiste une certaine ambiguïté. Sept années à raison de deux
cours de deux heures par semaine sont une chose, sept années à raison d'un
cours de deux heures par jour une autre chose. Dans le premier cas, elles
représentent environ 1450 heures, dans le second plus de 5000 heures, soit 3
fois plus. En matière d'aéronautique, par exemple, seul est pris en compte
le nombre d'heures de vol pour déterminer les aptitudes d'un pilote. En
AIKIDO, cette imprécision est à l'origine de multiples méprises sur la
qualité, les aptitudes et la valeur des uns et des autres. En général, les
pratiquants mettent plus volontiers en avant leur nombre d'années de
pratique et restent discret sur leurs heures de vol. Mais peut-on normaliser
cette situation? La meilleure formule consisterait à se calquer sur la
pratique des UCHI-DESHI de O'SENSEI. Lorsque Maître TAMURA est arrivé en
France, il avait environ 12 années d'ancienneté…, mais combien d'heures de
pratique?

La seule raison pour laquelle nous mettons cette ambiguïté en évidence est
de permettre au pratiquant de réaliser que les 7 premières années de la vie
d'un aïkido-ka sont à mesurer en heures plus qu'en années de pratique et
ainsi comprendre que la première enfance peut durer beaucoup plus longtemps
pour une grande majorité de pratiquants. Autrement dit, UKE devra conserver
à leur égard les mêmes prédispositions qu'un père pour son enfant. Dans
l'échelle de mesure proposée ci-dessus, la fin de la première période de 7
années pourrait correspondre au grade de YONDAN, censé sanctionner la fin de
l'apprentissage de la technique. Le pratiquant parvenu à ce stade en a fait
le tour - en long, en large et en travers -, il est rompu à toutes ses
spécificités, comme le pianiste possède la technicité des 10 doigts et du
pédalier de son piano. Il est capable de jouer sans difficulté les grandes
pièces du répertoire. Il peut désormais commencer à interpréter la musique,
mais il ne possède pas encore SA musique.
Dès lors, à quoi bon tenir dur ou fort, à quoi bon tester quand le
partenaire ne sait pas encore marcher seul? Que penserions-nous d'un père
qui considérerait que son enfant sait marcher à partir du moment où il se
tient debout, qui déciderait donc de ne pas lui offrir ses doigts mais lui
saisirait la main, lui imposerait son rythme, ses enjambées, le réprimandait
s'il ne suit pas? Il est fort à parier que cet enfant ne devienne un
attardé.

En reprenant le parallèle entre le pratiquant d'AIKIDO et l'enfant durant
les 7 premières années de sa vie, on pourrait considérer que la position
debout correspond à l'apprentissage de l'UKEMI et la marche à celui de la
technique, aussi bien en tant que TORI qu'UKE puisque, comme nous l'avons
vu, ces deux aspects sont indissociables de la pratique.

Une autre incompréhension du rôle d'UKE réside dans le fait que, dans la
plupart des cas, UKE ne sait pas plus marcher que TORI, ou à peine mieux,
voire moins. En revanche et paradoxalement, du fait qu'il lui appartient
d'attaquer, il a loisir de fausser le jeu en n'offrant pas à TORI la saisie
dont il a besoin pour comprendre et réaliser la technique.
On a trop disserté à propos de la "complaisance" d'UKE. Beaucoup, trop
nombreux, considère en effet qu'ils n'ont pas de raisons de chuter si le
mouvement exécuté ne les y oblige pas, ne les y entraîne pas. Ils sont ce
qu'on pourrait appeler les absolutistes, les: "Christ, puisque tu es Christ,
descends donc de ta croix!", ou autrement dit "Puisque tu dois me faire
chuter, montre-moi que tu en es capable!". Si l'on veut bien considérer,
pour les besoins de la démonstration, que ce comportement soit dicté par des
soucis d'ordre pédagogique, il peut sembler utopique d'attendre de la part
d'un pratiquant qui ne sait pas encore marcher seul, ou à peine, qu'il
réalise un mouvement imparable, ou gagne les 100 mètres aux jeux olympiques!
Il n'est pas moins présomptueux d'exiger que TORI marche quand on se tient à
peine debout soi-même. Bien souvent, cette attitude n'est dictée que par le
souci de se ménager car, comme nous l'avons vu, la chute, même "maîtrisée",
reste pénible et douloureuse. Aussi, sous prétexte de ne pas être
complaisant avec TORI, on finit par être complaisant envers soi-même. Dans
bien des cas, malheureusement, il s'agit plus d'une manifestation de l'ego
que d'une véritable vocation pédagogique, dans ce sens où contrarier la
réalisation de la technique permet de se rassurer sur sa propre incapacité à
la réaliser soi-même. Ils pensent: "Je n'y parviens pas, mais il n'y
parvient pas non plus!… et je ne fais rien qui puisse lui permettre d'y
parvenir.". Ce comportement, quelque peu stérile, empoisonne littéralement
la pratique sur les tatamis. En effet, il s'apparente à une ingérence du
rôle d'UKE sur celui de TORI: c'est exiger de lui qu'il fasse correctement
sa part de travail pour accepter de faire la sienne. Or, il entre dans le
rôle et la fonction d'UKE de faire le premier pas en créant les conditions
favorables, en proposant l'ébauche la plus affinée. En effet, pour aider son
enfant à marcher, on ne lui fait pas traverser un champ de mines, on ne sème
pas d'obstacles son parcours, on ne leste pas ses pieds avec des chaussures
en plomb. Bien au contraire, on dégage le terrain, on éloigne les obstacles
et on lui enfile des chaussures adaptées à la marche. Par ailleurs et de
surcroît, ils se privent eux-mêmes de la part de pratique dont leur corps a
besoin pour se former: refuser de tomber est une chute définitivement
perdue. N'est-ce pas en forgeant que l'on devient forgeron? Dès lors, il
appartient à UKE de faire consciencieusement son travail et à TORI le sien,
indépendamment mais ensemble. Cette notion s'appelle: AWASE.
En y regardant de plus près, cette dernière proposition peut paraître
foncièrement égoïste. Elle l'est effectivement. "Connais-toi toi-même et tu
connaîtras les autres." pourrait donc se traduire en termes de pratique
AIKIDO: "Connais la chute et tu connaîtras le mouvement". Il importe donc
peu pour UKE, quelque part, que TORI parvienne ou non à réaliser la
technique juste, pourvu que son embryon de mouvement lui permette de chuter
et d'apprendre à son corps les lois de l'équilibre et du déséquilibre.
Les pratiquants qui comptent un certain nombre d'années d'expérience savent
combien il est difficile de réaliser une technique sur un débutant qui n'a
que quelques heures de pratique. A contrario, il n'est pas moins difficile
et instructif de parvenir à chuter, c'est à dire à faire en sorte que la
technique s'approche au plus près de ce qu'elle devrait être, avec quelqu'un
qui ne possède pas encore toutes les clés lui permettant de la réaliser
correctement.

Mais toutes ces digressions ne disent pas ce que doit être une saisie. Tout
au plus, les quelques idées développées ci-dessus ont-elles permis de mieux
cerner quel devrait être le rôle d'UKE. Une saisie doit-elle être dure,
molle, puissante, forte, solide, souple, rapide, énergique, passive? En
fait, la question n'est pas là. Si l'enseignant demande un travail KOTAI,
elle sera puissante et solide. S'il demande JUTAI, elle sera souple et
énergique. Dans tous les cas et durant toutes les tentatives de TORI pour
réaliser la technique, UKE doit, autant que faire se peut - à l'impossible
nul n'est "tenu" - et dans les limites de la biomécanique s'entend,
maintenir sa saisie et ne pas contrarier le mouvement, même s'il n'est pas
"juste", pour ne lâcher qu'au moment où il est entraîné dans sa chute et
finalement se relever. Si TORI travaille avec ses bras, UKE reproduit son
mouvement avec les siens. S'il pousse, il recule; s'il tire, il avance, etc…
UKE doit, en quelque sorte, devenir le miroir de TORI, devenir ce que la
photo est au négatif: son révélateur. Idéalement, il doit reproduire le
résultat et les effets réels du mouvement de TORI, un peu comme le sketch
des 2 clowns avec le miroir cassé. Ce n'est qu'ainsi que TORI parviendra à
voir et comprendre ce qu'il fait et qu'UKE développera la souplesse du corps
et de l'esprit indispensable à la compréhension des principes de l'AIKIDO.

Ces quelques suggestions n'ont pas la prétention d'épuiser le sujet, ni
d'apporter de solutions miracles. Le rôle d'UKE s'expérimente et s'affine
sur le tatami avant tout. Notre souhait est qu'elles apportent une
contribution, un éclairage à cet autre aspect de la pratique, trop souvent
déconsidéré. Cet article est une tentative d'engager les pratiquants à
communiquer et élaborer ensemble ce dialogue à deux inconnus : FAIRE DE
DEUX: UN.
Pour y parvenir, il est indispensable de connaître et posséder le rôle de
chacun d'eux.
Pour conclure, nous rappellerons qu'UKE dérive du verbe UKERU qui signifie:
RECEVOIR. Mais pour recevoir, il faut donner. UKE, par sa saisie, son
attaque, doit faire le don de son énergie, son corps, sa compréhension, sa
disponibilité, son expérience (aussi infime soit-elle), sa sensibilité et
met symboliquement sa vie entre les mains de TORI pour lui permettre de
réaliser AIKI, l'UNITÉ. Mais le pratiquant ne pourra espérer atteindre le
TAO que s'il accepte d'explorer ces 2 éléments indissociables de la
pratique: TORI et UKE, qui composent et constituent la technique de
l'AIKIDO.

                                                                                 Daniel Leclerc

 

L'AÏKIDO EST-IL UN ART MARTIAL ?

l'Aïkido est-il un art martial ? Vieux refrain... Clairement, non !

Art martial, qui se rapporte à la guerre... Or l'Aïkido ( takemusuaiki  ) se place

dès l'origine hors de ce cadre. L'Aïkido est un art de paix et de protection, c'est

ce que signifie "Takemusu" qui n'est pas sans évoquer le chevalier sans peur et

sans reproche, protecteur de la veuve et de l'orphelin....

J'ai sans doute, l'âge venant, un peu tendance à me répéter mais l'Aïkido n'a

aucun rapport avec la bagarre de rue et l'infinie discussion sur les armes et

l'Aïkido, ou la place des armes dans l'Aïkido, n'a pas lieu d'être. Si sabre il y a,

c'est celui de Manjushri, l'arme absolue qui tranche les liens de l'ignorance,

sans pitié aucune, l'arme de la connaissance qui renvoie au néant l'obscurité

engendrée par l'ignorance fondamentale, elle-même produit de nos désirs et

de nos émotions refoulés et rendus sauvages plutôt que d'être explorés et

domestiqués (au sens originel de faire partie de la maison).

L'Aïkido est une voie héroïque certes, mais il n'est pas question d'y échanger

des horions dans une arrière-salle de bar, mais bien d'aller bouter le feu de

Prométhée dans les arrière-salles de notre être. Il ne s'agit plus de faire la

guerre mais de vivre en guerrier.

"Satsujin tô katsujin ken"

Barcelone – déc. 2005

Faudrait jamais écrire, je le savais! un petit édito.... ! Et voilà ! Faut que je

m'explique ! Que j'en rajoute ! Je vais encore écrire des trucs qui vont foutre la

panique dans les forums.... Faire une embolie du curriculum vitae !

Je voulais juste faire plaisir...

Écrire des évidences… Que Morihei Ueshiba ait enseigné avant-guerre la

technique de la baïonnette aux Académies de Police, de l’armée de terre,

Académie Navale et écoles d’espionnage, hauts lieux du militarofascisme

japonais, n’est un secret pour personne… Que le même ait enseigné après

guerre que l'Aïkido est Amour, protection de la vie, joie et paix universelle non

plus… Que l’Aïkijutsu première version soit un art martial, je n’en doute pas…

Je ne suis pas un compliqué, Omotokyo, je n’y comprends rien, quant au

Kotodama, il est peut-être préférable que je conserve mes opinions par dévers

moi…

Vivre en guerrier (pas faire la guerre !), ça a rameuté les souvenirs de mai

68 ? Pas fait la guerre ? Aucun regret ! Mon pote Sam, lui... au service plus ou

moins officiel de sa gracieuse Majesté... beaucoup de travail, à la main, aux

Malouines et ailleurs...Il n'en confondait pas pour autant l'Aïki et la guerre...

Au contraire ! Il avait ses fantômes... pas moi. Paix à son âme !

J'ai vu, il y a peu, un reportage à la télé sur la Légion Étrangère. Il y avait un

Japonais qui était venu s'engager là pour faire la guerre... Il avait raison, la

guerre, il y a des spécialistes pour cela, des vrais, ils ne jouent pas avec des

sabres en bois... Celui-là voulait être samuraï des temps modernes, il était

parti du Japon direction Légion, chez les pros, il était sérieux...

Je ne suis pas violemment pacifiste, mais je n'aime pas la guerre, je suis

d'accord avec Sun Tzeu : « Le meilleur général n'a pas besoin de faire la

guerre. » Et j'admire un seul militaire : Un général de parachutistes Russe,

Lebed, qui a su en arrêter deux sans combattre... On l'a assassiné plus tard...

Pour la petite histoire, ses gardes du corps faisaient de l'aïkido...

Alors ! Vivre en guerrier ?

Pour commencer un guerrier n'est pas nécessairement un militaire ou un

soldat... Il n'est guère utile de se déguiser en samuraï ou de dormir avec son

sabre...

Pour moi qui, n'étant pas la réincarnation de Morihei Ueshiba, ne peux parler

en son nom, il s'agit d'une voie, d'un processus d'évolution de l'homme vers un

degré plus affiné de l'être.

La voie du guerrier est une voie périlleuse, non parce qu'on risque d'y périr

fauché par une pluie de balles dans un geste héroïque immortalisé par les

photographes mais, tout simplement, parce que les échecs spirituels y sont

nombreux et que les abords de la voie sont jonchés de laissés pour compte.....

Cette voie, comme toute les autres, est marquée par de grandes étapes que

je voudrais maintenant essayer de décrire.

La forteresse (paranoïa I)

La 5e colonne (paranoïa II)

Le cul dans l'herbe tendre...

et rythmée par le Syndrome du Désert des Tartares

La forteresse correspond à une période de construction physique. Il faut

construire le corps au moyen d'un entraînement rigoureux, accumuler les

techniques. Fondations profondes, murs épais et solides, rien n'est laissé au

hasard, chaque détail est élaboré en fonction de son intérêt défensif et de sa

valeur stratégique. Gare aux châteaux de cartes ou de sable ! C'est, je crois, le

sens de l'enseignement de Saïto senseï : construire sur des bases stables,

saines et fortes.

De nombreux élèves de Morihei Ueshiba l'ont quitté, comme Gozo Shioda du

Yoshinkan, car ils ne voulaient (ou ne pouvaient) s'intéresser à autre chose. Il

est tentant de s'attacher à un chef d'oeuvre de l'art militaire aussi

soigneusement bâti. Allez donc voir le château de Salses ! Planification totale

contre "l'autre" !

Il est évident que cette étape de fortification n'est pas et ne peut pas être une

étape de libération, qu'elle se construit contre le monde par prise de

conscience de la dualité "moi/monde".

L'adversaire, celui qui est en face, me saisit, m'attaque... Je me défends... Il

n'y a pas moyen d'y échapper, quel que soit le discours. Ceci n'en est pas

moins caractéristique de la paranoïa sous sa forme bénigne : le monde

extérieur est agression.

À ce niveau, même des tensions sont induites par le discours ambiant sur

l'harmonie qui ne cadre pas et, cela est normal, avec des techniques qui

fonctionnent de toute évidence en réaction à une attaque, un adversaire. Il ne

peut en être autrement et prétendre le contraire est se mentir á soi-même. Il

n'y a rien de plus idiot, ni de plus dangereux, pour tout développement futur.

Le problème est plus grave encore pour les gens physiquement "doués" qui

peuvent être amenés à croire qu'ils ont déjà atteint la maîtrise alors qu'ils en

sont encore au maniement des armes.

Cet aspect physique du travail est doublé, dès le premier jour, par un travail

sur les émotions auquel on s'attarde moins car il est simplement moins visible,

moins évident. La relation physique directe à l'autre, ou à la Terre, déclenche

automatiquement des émotions puissantes et très profondes de peur,

d'angoisse, d'agressivité, etc., que notre culture tend à occulter, ou pire sans

doute, à considérer comme émotions négatives. Le simple fait d'être saisi et de

ne pouvoir s'en sortir est anxiogène sinon, tout un chacun, sans entraînement

préalable, pourrait rester décontracté sans être affecté par l'agression. Il en

est de même des chutes...

La Terre fait peur (et parfois mal) !

Pourtant un guerrier sans peur est un guerrier mort ! Il n'est rien de plus

inutile, sauf pour remplir les cimetières militaires... La peur, l'agressivité etc.

sont des émotions indispensables à la vie. La question, une fois de plus, est

d'apprendre à les reconnaître, puis à travailler avec et non contre. La peur qui

vous conseille de vous écarter du chemin d'un camion est bonne conseillère,

celle qui vous incite à fermer les yeux pour ne plus le voir est assassine. Dans

le premier cas il y a communication avec l'émotion, dans l'autre invasion,

débordement, perte de contrôle et surtout de liberté, mais cela reste la même

émotion fondamentale.

Ce double travail physique et émotionnel est la nature même de la

forteresse.

Si tout se passe pour le mieux, un jour vient où l'on est amené à se poser la

question : "Pourquoi faire ?"

En effet, je crois la proportion de ceux qui ont été amenés à se servir de

techniques d'aïkido dans leur vie quotidienne infime. (Je ne dispose d'aucune

statistique...) Il est clair que l’enfermement ne nuit qu’à soi-même et qu’aucun

ennemi assoiffé de sang ne mugit dans nos campagnes…

C'est le syndrome du Désert des Tartares !

Le doute s’insinue, tout cela n’aurait-il servi à rien ? Ces beaux murs dont je

suis si fier sont-ils inutiles ? Ma belle forteresse un monument absurde dressé

contre le vide ?

Ce questionnement en pousse beaucoup à l’abandon… Certains s'enferment

résolument dans d'aveugles certitudes, d'autres, que le doute a miné plus

profondément, se mettent à la recherche d'un nouvel ennemi... Si rien ne vient

de l'extérieur, il faut bien qu'il y ait un ennemi à l'intérieur de ma belle

forteresse, une cinquième colonne, un ennemi bien plus insidieux, dangereux,

traître invisible !

Son nom est connu de tous : "Ego", la bête malfaisante... Et voici notre

châtelain parti à la chasse à l’ego avec le même enthousiasme qu’il mettait à

veiller aux Marches de l’empire… Le bougre est bien dissimulé, la forteresse

regorge de cachettes, oubliettes, caves, souterrains, passages secrets, coins

d’ombre… Là, pas de rutilante cavalerie, sons de trompes, vains rêves de

gloire. Non ! Il faut ramper silencieusement dans la boue froide des galeries

obscures… C’est une quête longue et pénible qui use la patience et qui

correspond à une forme plus avancée de paranoïa, l’ennemi n’est plus

seulement à l’extérieur, il est partout monde/moi, tout est ennemi, cette

pression est énorme… Il est loisible de trier tous les grains de poussière, mais

aucun ne dissimule l’ego… Avec le temps, le syndrome du désert des Tartares

revient en force… Aucun ennemi extérieur ne s’est jamais manifesté, aucun

ennemi intérieur ne se manifeste… Et le doute s’insinue, plus terrible, plus

dévastateur. Le doute est comme une énigme à la croisée des chemins… Je ne

peux quand même pas m’être trompé à ce point… Il faut que je continue à tout

prix. L’attachement au moyen que représente la forteresse comme au travail

accompli, au chemin parcouru à la chasse à l’ego, est un piège redoutable. Le

danger est de s’enfermer soi-même et pour toujours, devenant tout à la fois

son propre gardien et prisonnier. D’un autre côté s’ouvre la voie nihiliste de

l’abandon…

Mais si vraiment tout ceci ne servait à rien, ne menait à rien ? S’il n’y avait pas

d’ennemi ? Si le monde n’était pas contre moi ? S’il n’y avait pas non plus

d’ennemi intérieur ? Si l’ego n’était rien d’autre qu’une modalité d’expression

de l’être, une autre forme d’émotion utile ou néfaste suivant l’usage qu’on en

fait ? Si l’ego ne s’était transformé en ennemi que du fait de projections

mentales fantasmatiques ?

C’est alors que retentit un formidable éclat de rire… Démantelons les murs !

Allons profiter du soleil enfin revenu, un verre de vin à la main et le cul dans

l’herbe tendre…, dans un monde apaisé.

Le cycle du guerrier est accompli.

Afin d’éviter d’avoir à y revenir, il me semble utile de préciser que ce processus

n’est pas linéaire et que ces « étapes » n’en sont pas vraiment. La construction

de la forteresse et la chasse à l’ego ne s’excluent pas et les deux se mélangent

le plus souvent. Il n’en reste pas moins que le cheminement se fait en

plongeant dans le monde et son activité, et non en prétendant à son

inexistence ou en s’en retirant. N’oublions pas non plus qu’avant qu’un éclat de

rire ne disperse l’ombre des murailles, l’ego a été longuement renforcé ; ce qui

explique les comportements aux antipodes de « l’harmonie » que tous peuvent

constater chez les pratiquants les plus avancés et, par là même, les plus

exposés aux pièges de la Voie. Si l’on se retrouve un jour le cul dans l’herbe

tendre, cela ne peut résulter que de l’expérience, et non du discours.

Il s’agit de ma compréhension de l'Aïkido après quarante ans de pratique. Rien

ne dit que demain je ne regretterai pas ce que j’ai laissé échapper ici…

Si cette vision de l'Aïkido vous intéresse, je me permets de vous conseiller un

petit livre : « Shambala » de Chögyam Trungpa (collection Points sagesse – Le

Seuil), à mon avis la plus intéressante perspective sur le guerrier spirituel dans

la société moderne. Je dirais le meilleur livre d’Aïkido que je connaisse

                                                                                Barcelone février 2006

                                                                                    Stéphane Benedetti

 

 Le BUDO

Cette interview de Pascal Krieger et Malcolm T. Shewan a été réalisée par

Robert Faure au cours du stage des Iles en 1987 et a été publiée dans la revue

« SOURCES – l’Aventure Intérieure » du mois de juillet de la même année.

 

R.F. Qu’est-ce que le Bushido ? Est-ce un nom japonais qui signifie

une technique de combat, une philosophie, un art de vivre ?

Tiki : C’est un terme qui a tendance à se vulgariser ici, en Occident. À

l’origine, c’est essentiellement un code moral chevaleresque qui

comprend des notions de devoir, de fidélité, de loyauté, d’effacement

de soi-même au profit des autres.

L’application de ces règles de vie n’a jamais été réduite à une activité

particulière de la vie japonaise. Elles sont assez générales pour être

employées à tous les secteurs de l’action. Un homme d’affaire

japonais, une mère de famille, un artiste peut respecter un art de

vivre. Le terme BUSHIDO est constitué de trois racines – BU :

noblesse ; SHI : guerre ; DO : la voie. Il peut se traduire par : « la

voie de la noblesse guerrière ». Le concept de Bushido n’a pas

d’époque précise. L’apogée de l’influence de ce Code se situe au 12-13

siècle. Plus tard apparaissent les Samurai, serviteurs de la classe

guerrière. Le Bushido n’est pas à confondre avec l’ensemble des

techniques de combat issues du Japon, que l’on nomme BUDO.

R.F. Que pensez-vous de la prolifération de Dojo, de salles d’Arts

Martiaux, en Occident : des lieux de pratique reliés à un esprit

de compétition, de performance, à un art de dépassement de

nos complexes ?

Tiki : La réponse se divise en deux. Tout d’abord, il y a un certain nombre

de principes culturels, dans le Budo, qui viennent spécifiquement du

Japon. Maintenant, ces vérités culturelles contiennent des valeurs

proprement universelles. Où se trouve la plus grande fidélité ?

Faut-il transmettre des valeurs culturelles liées à l’aventure japonaise

ou faut-il tenter de transcender les questions de race, de culture, de

société ? Toutes les méthodes ont un enracinement culturel très fort

que l’on ne peut négliger. Mais il ne faut peut-être pas oublier que ces

méthodes ont toutes une finalité. Pour moi, il est nécessaire de

respecter la méthode dans la mesure où elle respecte l’être humain.

Je ne pense pas que ce soit en mettant des tapis japonais chez soi et

en mangeant du riz avec des baguettes que ça vous aidera dans la vie.

Mais, inversement, si dans la pratique d’un art, d’une technique de combat,

vous ne persistez pas, vous passez à côté d’éléments-supports

indispensables, de principes de comportement, comme la

concentration, le silence, les protocoles de combat… et vous avez ainsi

laissé la porte ouverte à un changement de l’état d’esprit initial, avec

les risques de dégradation que cela entraîne. Il faut toujours distinguer

entre ce qui est phénomène social, culturel et les principes sousjacents

des méthodes issues de telle ou telle culture, lesquels

dépassent largement le concept de race ou de nation.

Au niveau des Arts Martiaux, il faut conserver et préserver la méthode

exacte, qui a fait ses preuves, sans en perdre la finalité.

Pascal : Prenons un autre exemple : quelle est la vérité qui se cache derrière le

Budo, l’étiquette, le salut,… ? C’est le respect : respect du lieu, respect

de l’arme que l’on utilise. Nous essayons de faire passer ce principe

universel à travers une méthode japonaise. La forme du salut est

japonaise, mais le sens est universel et reste valable pour tout le

monde. À la limite, les Japonais tendent eux-mêmes à oublier

l’universalité de ces principes et pensent qu’ils sont quasi les seuls à

développer ses qualités de noblesse, de respect, de courtoisie.

R.F. Mais pourquoi, dans votre manière d’enseigner les Arts

Martiaux, créer cet environnement qui peut paraître excessif.

On entend des discours un peu crus sur l’art d’éliminer son

adversaire ?

Pascal : Oui, par exemple : « Si vous plantez comme ça votre sabre, vous ne

pouvez pas le ressortir. », ou encore : « Même avec un bras, votre

adversaire peut vous tuer. ».

Dans ces détails qui font un peu charcuterie, il y a des notions très

guerrières. Mais c’est l’emballage qui compte. On emballe ça dans une

étiquette, un respect de l’autre, un travail sur soi-même. Si l’élève s’y

refuse, il souffrira. C’est une ambiance de travail que l’on crée pour

que ces notions qui sont un peu meurtrières ne passent pas du

mauvais côté. Le respect de l’autre dans le combat, l’étiquette permet

de canaliser l’énergie, sans débordement.

R.F. Que pensez-vous de la prolifération des techniques martiales

enseignées aujourd’hui ?

Tiki : Il existe un obstacle dans la transmission des Arts Martiaux. C’est le

mélange de diverses techniques. Quelqu’un qui pratique diverses

disciplines est comme celui qui prend dans ses mains à la fois une

pince, un marteau et un tournevis. Il ne fait rien de bon. Il faut poser

l’un ou l’autre outil et n’en prendre qu’un.

Ce mélange est un frein. Alors qu’une technique doit être abordée

seule 8 à 10 000 fois avant d’être efficace.

R.F. De quelle façon le Budo modifie votre vie quotidienne ?

Tiki : Je prendrai un exemple. Il y a quelques années, j’étais toujours en

retard, partout où j’allais. Un jour, j’ai réalisé, en faisant du Budo, que

tout retard symbolise une mort. J’ai senti que la discipline que je

pratiquais faisait partie du quotidien.

Dès qu’un principe participe concrètement à notre vie consciente, il

devient vivant. Mais c’est la répétition qui permet cette prise de

conscience, peu à peu.

R.F. Et votre pédagogie, comment l’appliquez-vous ?

Pascal :Comme enseignants, nous sommes plutôt des catalyseurs, des

synthétiseurs. J’ai un sentiment de fidélité par rapport aux vieux

maîtres que j’ai connus.

Tiki : … oui, et c’est aussi le temps qui fait l’apprentissage. L’expérience du

temps est irremplaçable. J’aime voir quelqu’un, pas forcément doué,

venir régulièrement à l’entraînement. Et puis le voir évoluer, peu à

peu. Et au bout de dix ans, j’ai envie de lui parler et de lui dire :

« Vous avez fait dix ans de travail, maintenant on va commencer à

échanger autre chose. ».

Pascal : Oui, cette notion d’entraînement (KEIKO) est quelque chose

d’important chez les Japonais. KEI veut dire penser, se souvenir. KO

signifie la Tradition. KEIKO : se remémorer le passé et demeurer fidèle

à l’esprit de la tradition. Ceci suppose une complète adaptation aux

conditions du moment. Qu’il fasse froid ou chaud, que ce soit le matin

ou la nuit, accepter la situation présente telle qu’elle est.

Tiki : De même le mot SENSEI ne veut pas dire « maître » ou

« enseignant ». Mais il désigne « celui qui était là avant moi », donc,

dans le temps, celui qui a parcouru davantage de chemin que moi

débutant.

R.F. Alors justement, quels sont, dans les grandes lignes, les

différents stades d’apprentissage, jusqu’à la totale maturité ?

Pascal : On peut décrire 4 stades principaux : GYO – SHUGYO – JUTSU – DO.

Le stage GYO, c’est l’obéissance aux enseignements reçus, sans tenter

de les interpréter. L’élève accepte d’être en situation de dense

ignorance. Il n’y comprend rien, il ne sait pas du tout pourquoi on lui

fait faire certains mouvements. Il n’a qu’un point de référence : celui

de son maître. On lui demande à la fois de ne pas se poser de

questions, de ne pas réfléchir, et de faire.

C’est la phase d’apprentissage, qui, dans la conception japonaise, est

beaucoup exigeante. Pour apprendre la flûte japonaise, par exemple, il

faut consacrer 3 ans simplement pour arriver à bouger le cou de façon

à produire la modulation d’un son. On se trouve ainsi, au bout de 3

ans, dans la situation où l’élève peut commencer vraiment à travailler.

Il faut que le geste soit parfait. L’attitude mentale viendra après

seulement. C’est en traversant cette phase d’apprentissage que l’élève

sera en mesure, plus tard, de développer la souplesse d’esprit.

Le deuxième stade – SHUGYO – est une mise en pratique des

éléments appris. Les gestes sont techniquement au point,

extérieurement. L’élève doit les intégrer, les faire siens, de façon à

pouvoir se mettre en harmonie avec eux. Un peu comme un musicien

qui, connaissant le solfège et les lois de l’harmonie, va pouvoir

composer des morceaux à la fois rigoureux et harmonieux. Il crée de

la musique en se mettant au service de la musique.

Le troisième stade – JUTSU – est déjà un stade assez élevé et c’est

probablement le plus dangereux. L’élève a pu canaliser toute son

attention, son énergie, pour atteindre une certaine compétence, une

certaine efficacité. Que lui reste-t-il à découvrir ? Lui-même. Il

possède une somme importante de connaissances, mais il lui manque

la liberté. À cause de ses compétences, il peut se tromper et tromper

tout le monde. À ce stage, il fait un complet retour sur lui-même et est

confronté à des vrais problèmes : la vanité de son savoir, la peur de

vieillir, l’angoisse de s’être trompé de chemin. Il aura même envie de

rejeter ce qu’il a appris. C’est pourtant à ce stade qu’il apprend la

liberté de choisir. Le combat n’est plus dehors, mais dedans. Il mesure

la force de ses véritables contraintes.

Le quatrième stade – DO – est la voie réalisée. Je ne peux pas vous en

parler, il n’y a pas de définition. Un maître pourra répondre, parfois,

d’un geste…

R.F. J’ai vu, pendant votre stage, une démonstration de sabre

contre bâton. Quelles sont les qualités que vous cherchez à

mettre en valeur dans ce type de combat ?

Pascal : La façon dont vous posez la question est intéressante. Au premier

stade, on dira : « le sabre contre le bâton ». Ensuite, on dira plutôt :

« le sabre et le bâton ». Plus tard, peut-être, avec une vision moins

dualiste, on dira : « le sabre avec le bâton ».

En tant que pédagogue, on cherche à faire travailler l’élève de façon

de plus en plus exigeante techniquement, mais toujours en harmonie

avec lui-même, avec ce qu’il peut donner. On va le solliciter jusqu’à sa

limite, sans jamais la dépasser. On va le pousser, comme j’aime à le

dire, dans son pays inconnu, dans son « no man’s land » à lui.

R.F. Il se dégage une impression de très grande force, une grande

énergie, durant la pratique. Le Budo utilise directement les

pulsions de violence, d’agressivité, ou il cherche à les réduire

pour mieux les canaliser ?

Pascal : Il ne faut pas oublier que le sabre a, symboliquement, un double

tranchant : un tranchant vers l’autre, mais aussi un vers soi-même.

Tiki : Oui, et la violence absolue, chez l’être humain, est intimement liée au

problème, à la question de la mort. Donc, la pulsion de violence a une

origine très lointaine, très profonde. Pour le pratiquant des arts de

combat, il faut aller jusqu’au sabre qui donne la vie. De même dans la

vie quotidienne, toute action a une base d’énergie. Lorsque celle-ci est

mal connue, mal contrôlée, pulsionnelle, on dit qu’elle est plus ou

moins violente. Mais au départ, c’est de l’énergie qui veut vivre à tout

prix. Et il ne faut probablement pas la fuir, la nier ou en avoir peur. Il

faut rentrer dedans avant de la transcender.

Je raconte souvent cette histoire d’un braconnier que j’ai connu et qui

chassait tant et plus de façon sauvage et illicite. Puis il a changé peu à

peu son mode de voir la nature, il l’a aimée. Il est devenu gardechasse,

un protecteur de la nature hors classe ! Rendez-vous compte,

il connaît toutes les ficelles du métier, toutes les combines. La violence

est une crise à passer. On voit parfois les pacifistes parler de la paix en

douceur, et fuir la violence. Mais une paix qui ne prend pas en

considération la violence n’est pas une vraie paix.

R.F. Quelle est la raison d’être du cri (le KIAI) qui accompagne le

geste dans le combat ?

Pascal : Sur le plan physiologique, le kiaï met en relation les diverses parties

musculaires du corps qui, au moment du geste d’attaque, est à son

maximum de tension. Venant de la partie abdominale, il fait

l’intermédiaire entre les muscles du haut et les